Depuis sa désignation par la rébellion du M23 comme « gouverneur du Sud-Kivu », Patrick Busu Bwa Ngwi est devenu une figure controversée sur la scène politique locale. Selon certains médias, tels qu’OASIS FM, et sur les réseaux sociaux, il serait un ancien cadre de l’AFDC (Alliance des Forces Démocratiques du Congo), une affirmation qui s’est ancrée comme une « vérité apparente ».

Après plusieurs semaines d’enquête, recoupement de documents et témoignages, notre rédaction souhaite rétablir la chronologie des faits et éclaircir cette manipulation médiatique.

Avant le 28 février 2024, Patrick Busu était effectivement membre de l’AFDC, le parti dirigé par Bahati Lukwebo. Il participait activement à plusieurs campagnes et activités politiques au Sud-Kivu. Cependant, le 28 février 2024, il change d’allégeance en rejoignant le parti politique la « Nouvelle Alliance pour la République » (NAR), présidée par Guylain Nyembo. Alors que les élections du gouverneur du Sud-Kivu se profilaient, Busu dépose sa candidature au poste de gouverneur sous l’étiquette AFDC, malgré son adhésion récente à la NAR.

L’AFDC, informée de cette situation, saisit la Cour d’appel de Bukavu en invoquant l’article 17, alinéa 4 de ses statuts, stipulant que « tout membre ayant adhéré à un autre parti politique perd d’office sa qualité de membre ». La Cour statua en faveur de l’AFDC, confirmant que Busu n’avait plus qualité pour représenter ou agir au nom de son ancien parti. Isolé politiquement, il se présente alors comme candidat indépendant, car il n’avait pas reçu à temps les formulaires officiels de la NAR.

Le Professeur Jean-Jacques Purusi, resté fidèle à l’AFDC, remporte l’élection au poste de gouverneur. Frustré et marginalisé, Busu entre alors en contact avec des réseaux proches du M23, qui le nomme « gouverneur du Sud-Kivu » dans un gouvernement parallèle, ce qui constitue une violation flagrante de l’ordre institutionnel congolais.

La bataille juridique qui a tout changé

Lorsque Patrick Busu tenta d’utiliser l’étiquette AFDC pour briguer le poste de gouverneur, Bahati Lukwebo réagit immédiatement : « Nous ne pouvions pas laisser quelqu’un qui avait déjà adhéré à un autre parti usurper le nom de l’AFDC. La justice devait trancher », explique un proche collaborateur. Ainsi, Busu se retrouva sans soutien politique officiel et sans financement.

Le Professeur Jean-Jacques Purusi, candidat officiel de l’AFDC, accéda avec succès à la fonction de gouverneur. Cette défaite fut vécue par Busu comme une humiliation ; ses anciens alliés l’abandonnèrent et il se retrouvait sans place sur la scène politique légale. En quête de nouveaux appuis, il se rapprocha de la présidence de la République à travers plusieurs missions officielles au Sud-Kivu, une démarche qui lui permit de naviguer les eaux troubles de la politique locale.

De la politique à la rébellion : une dérive assumée ?

Quelques mois après sa défaite, Busu réapparaît parmi les rangs du M23, qui choisit de le nommer « gouverneur » du Sud-Kivu. « C’est une revanche personnelle, il ne représente ni l’AFDC ni la NAR. Il s’est mis au service du M23 pour exister politiquement », analyse un expert en gouvernance locale.

À ce jour, Busu n’a émis aucune déclaration publique attestant d’une nouvelle appartenance politique, persistant dans une zone grise où il n’est ni totalement rebelle, ni officiellement affilié à un parti légal.

Pourquoi cette manipulation médiatique ?

La présentation de Patrick Busu comme « ancien cadre de l’AFDC » est une stratégie délibérée visant à ternir l’image du parti de Bahati Lukwebo en le liant indirectement au M23. Cette manœuvre cherche à créer de la confusion dans l’opinion publique en mêlant des faits anciens, comme son enrôlement à la CENI sous l’AFDC, à des réalités contemporaines.

Désinformation en période de conflit

En période de crise, la désinformation devient une arme stratégique, souvent alimentée par des images ou des documents sortis de leur contexte. Cette affaire illustre comment, dans un cadre de guerre hybride, les adversaires politiques peuvent être affaiblis par des campagnes de manipulation de l’opinion publique.

En c période de crise, vérifier les faits n’est pas seulement un enjeu d’intégrité journalistique, c’est également un acte de résistance citoyenne.

Dossier réalisé par la rédaction, avec recoupement de sources judiciaires, électorales et politiques.

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