Le débat actuel sur la révision constitutionnelle en RDC reflète en effet un contraste marqué entre les préoccupations des citoyens et les priorités politiques du gouvernement. L’insécurité persistante dans l’est du pays, notamment dans des provinces comme le Nord-Kivu et l’Ituri, couplée à des grèves d’enseignants et à une situation économique difficile, semble reléguer cette initiative constitutionnelle au second plan pour de nombreux Congolais.
Des acteurs de la société civile, tels que Jean-Claude Katende de l’Association Africaine des Droits de l’Homme (ASADHO) et les militants du mouvement citoyen de la Lutte pour le Changement « LUCHA », estiment que la priorité devrait être accordée à la résolution des crises immédiates plutôt qu’à une modification de la Constitution. Ils craignent que cette initiative soit motivée par des intérêts politiques, notamment la volonté de prolonger le mandat de Félix Tshisekedi, au lieu de renforcer la démocratie, la sécurité et l’État de droit en difficulté.
D’un autre côté, certains politiciens comme Emery Okundji et Ngoy Kasanji soulignent que le moment est mal choisi pour un tel débat, car la RDC fait face à des défis sécuritaires majeurs, notamment l’agression du Rwanda sous le label du M23. Pour eux, la sécurité nationale et la gestion des crises sociales et économiques devraient primer.
Cette opposition entre l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social « UDPS », qui pousse pour la révision constitutionnelle, et les voix critiques, rappelle la position de ce parti lors du référendum de 2005, qu’il avait boycotté en critiquant la Constitution adoptée. Ironiquement, l’UDPS avait défendu cette même Constitution lorsque le président sortant Monsieur Joseph Kabila avait tenté de la modifier entre 2014 et 2017. Cette dynamique historique montre un certain pragmatisme politique de la part des différents acteurs, selon les contextes et les intérêts du moment.
En fin de compte, le risque de polarisation politique est réel. Si le débat sur la révision constitutionnelle n’est pas mené de manière inclusive et transparente, il pourrait exacerber les tensions existantes et détourner l’attention des véritables priorités nationales, comme la sécurité et l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

