La microcentrale hydroélectrique de Sangano, jadis symbole d’espoir et de développement local pour les villages de Munanira et Chibandja (Sud-Kivu, territoire de Kalehe, chefferie de Buhavu, groupement de Mbinga-Sud), traverse aujourd’hui une crise profonde. Ce qui devait être un modèle de gestion communautaire est désormais un cas emblématique d’opacité, de mauvaise gouvernance et d’abandon institutionnel.

Aux commandes, les noms de « Muyomeka » et « Rhulye » reviennent sans cesse dans les conversations. Ils symbolisent, pour une grande partie de la population, un système bloqué, sans transparence ni responsabilité.

Un projet communautaire dévoyé

Fruit des efforts des habitants (projet bénéficiant de l’appui d’IRC-TUUNGANE en 2011), la microcentrale avait pour mission d’assurer une alimentation électrique fiable. Mais plus de dix ans après, la réalité est amère : difficultés, coupures récurrentes et absence totale d’information sur la gestion.

Un comité introuvable et des obligations contractuelles totalement ignorées.

Le comité de gestion mis en place a, à son tour, disparu dans la nature. Personne ne sait où il se trouve ni quelle est sa destination. Depuis sa création, aucune réunion trimestrielle n’a été tenue, pas plus qu’une assemblée générale, alors que le contrat prévoyait clairement l’organisation régulière de ces rencontres. Incompétence, trahison ou simple lâcheté ? s’interrogent certains observateurs.

À ce jour, personne ne sait clairement qui rend des comptes, ni pour quelle utilisation exacte sont destinés les revenus générés.

Les 3 % disparus : un tabou qui inquiète

Le Contrat N°001/TERR-KALEHE/CHEFF-BHV/MICROCENT-SANGANO/JANV 2021, signé le 09 janvier 2021 entre l’entreprise Emmanuel Nduhura et la population bénéficiaire, stipulait que 3 % des recettes devaient être versés au comité de gestion (Comités villageois de Munanira et Chibandja concertés).

Mais cette disposition est restée lettre morte. Aucune trace comptable, aucun rapport, aucun document public. Lorsque certains citoyens tentent d’en parler, ils sont systématiquement réprimandés, intimidés ou insultés.

Pendant plus de dix ans, Fikiri Rushingwa et Pharaon Rukara se seraient tout approprié et auraient tout avalé sans laisser la moindre trace. L’histoire retiendra et les jugera, eux ou leurs générations, tant que les bénéficiaires existent.

Sur les réseaux sociaux, l’indignation s’exprime régulièrement. Plusieurs internautes dénoncent les « prétendus gestionnaires » et posent ouvertement la question des fonds détournés. Mais ces voix se retrouvent vite étouffées par ceux qui profitent de la situation et s’opposent à toute tentative de transparence.

La question demeure suspendue : où sont passés les 3 % destinés à la population ?

La chefferie de Buhavu dans la tourmente

La chefferie, qui aurait dû jouer le rôle de régulateur impartial, apparaît désormais comme un acteur majeur de la crise. Des sources proches du dossier indiquent qu’elle aurait, dans une totale clandestinité, attribué la microcentrale à un « gestionnaire » dont le contrat, le montant et les modalités restent inconnus.

Cette démarche, menée loin des regards de la population, est perçue comme une trahison. Pour beaucoup, il s’agit d’un véritable coup de force coutumier, une « messe noire » qui a dépossédé les habitants de leur propre patrimoine énergétique.

Quelques progrès techniques

Certains observateurs reconnaissent que des améliorations techniques ont été enregistrées par rapport à l’équipe active depuis 2011. Le fonctionnement de certaines installations se serait stabilisé.

Mais ces avancées ne suffisent pas à masquer les défaillances structurelles : absence de transparence, ingérence excessive, conflits d’intérêts et gestion familiale d’un bien communautaire.

Un territoire paralysé, une population abandonnée par ses dirigeants locaux

Les forces vives, associations communautaires, notables, jeunes, techniciens… se heurtent à un système verrouillé par des individus influents, qualifiés par certains d’« enfants terribles du terroir ».

La population, elle, se sent abandonnée, ignorée et méprisée dans ses revendications les plus élémentaires : savoir comment leur bien est géré, par qui et pour quel bénéfice.

À cause de cette passivité et de cette inertie des autorités locales (Territoire et Chefferie de Buhavu), les hommes politiques tombent sur la scène et font ce qu’ils veulent, s’approprient l’initiative et en font un objet de propagande électorale, de supercherie et de populisme.

À Sangano, le courant de la colère monte

Le climat est tendu. Dans les marchés, les villages et sur les réseaux sociaux, les habitants réclament des comptes. Les langues se délient, les frustrations augmentent et la colère s’installe durablement.

En tant qu’Entité Territoriale Décentralisée (ETD), la chefferie de Buhavu porte une responsabilité légale, morale et historique dans la gestion de la microcentrale de Sangano.

Elle ne peut plus se cacher derrière le silence, ni tolérer que des intérêts privés dominent un bien commun. Le moment est venu de :

rétablir la transparence totale ;

publier les contrats attribués en cachette ;

restituer à la population ses 3 % légitimes ;

réinstaller un comité de gestion crédible et représentatif ;

protéger les citoyens qui demandent des comptes au lieu de les intimider.

La microcentrale de Sangano n’est pas un patrimoine familial :
c’est un bien public, construit par la population et pour la population.

Il est temps que la chefferie de Buhavu écoute la voix de la communauté et agisse avec courage, responsabilité et intégrité.

Car à Sangano, ce n’est pas seulement le courant électrique qui vacille :
c’est la conscience collective qui interpelle.

Par Valet Chebujongo

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