Le souvenir reste encore vif dans les esprits des habitants du territoire de Kalehe. Ce jour du 03 septembre 2024, un bateau marchand de l’entreprise MERDI avait quitté Minova en direction de Goma, plus précisément du marché de Kituku. A son bord, plusieurs centaines de passagers provenant de différents villages de Kalehe, de Masisi, Idjwi et d’ailleurs.

En pleine traversée du lac Kivu, l’embarcation avait chaviré brutalement. Les cris des passagers résonnent encore dans la mémoire des rescapés. Selon des sources locales, plus de 180 personnes avaient trouvé la mort, et une cinquantaine étaient portées disparues jusqu’à ce jour.

Nous avons vu des enfants se débattre dans l’eau, des mères supplier de l’aide… mais les secours sont arrivés trop tard, se souvient Marie, rescapée de cette tragédie rencontrée à Minova.

Parmi les familles endeuillées figure celle d’Emmanuel Nduhura. Son frère avait pris place à bord du bateau ce matin-là. L’objectif était simple : se rendre à Goma après avoir passer un examen d’embauche dans une ONG internationale à Minova.

Il nous avait dit qu’il allait tenter sa chance pour trouver du travail. C’était un frère plein d’avenir. Mais ce voyage a été le dernier, témoigne, les larmes aux yeux, Emmanuel Nduhura, rencontré à Ihusi.

Au lendemain du drame, des promesses d’assistance avaient été faites par les autorités provinciales et centrales. Mais sur le terrain, beaucoup dénoncent une gestion opaque des aides.

L’assistance s’est transformée en business pour certains responsables et acteurs influents du territoire. Ce qui devait soulager les victimes est devenu une source d’enrichissement pour d’autres , accuse un notable local.

Pour les familles éprouvées, cette situation représente une véritable double douleur : celle de la perte de leurs proches, et celle de voir leur souffrance instrumentalisée.

À cette tragédie s’ajoute aujourd’hui un climat sécuritaire délétère. La résurgence de la rébellion du M23 dans les provinces du Sud-Kivu et Nord-Kivu a accentué la précarité des populations. Beaucoup de familles touchées par le naufrage sont désormais également déplacées par les violences.

Nous vivons un double drame : nous avons perdu nos proches dans le naufrage, et aujourd’hui nous fuyons la guerre, explique une veuve rencontrée à Idjwi.

Un an après, les plaies sont encore béantes et une question hante les riverains du lac Kivu : qui rendra justice et consolation aux victimes du naufrage de Kalehe ?

Par jJean

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