Par Léonard Zam Yav, président de l’IPDHOR Asbl et membre de la LUCHA RDC.

Depuis sa nomination à l’Inspection Générale des Finances sous le Président FELIX TSHISEKEDI, Jules Alingeti s’est imposé comme un acteur central de la lutte anticorruption en RDC. Une action marquée par des coups d’éclat médiatiques… mais aussi par des limites structurelles qui questionnent l’efficacité réelle de son mandat.

Un visage médiatique de la lutte anticorruption

Dès son entrée en fonction, Jules Alingeti a donné un nouveau souffle à une IGF autrefois perçue comme un rouage bureaucratique sans impact. Son style : offensif, direct, omniprésent dans les médias.

Points de presse réguliers, rapports publics chocs, audits inopinés : l’IGF version Alingeti s’est imposée dans l’espace public, au point de devenir, pour certains, un symbole de l’éveil institutionnel face à la corruption.

Il a su également s’appuyer sur la société civile, les médias indépendants et certaines figures morales pour créer un climat de vigilance populaire autour des finances publiques.

Jules Alingeti a contribué à briser le mur du silence autour des détournements et des abus dans la gestion de l’argent public.

Des résultats en demi-teinte sur le terrain judiciaire

Malgré cette visibilité accrue, l’impact concret reste faible. Peu de dossiers de l’IGF ont abouti à des condamnations judiciaires fermes ou à des restitutions de fonds. De quoi nourrir l’idée d’une lutte plus symbolique que structurelle.

Autre critique : la tendance à empiéter sur le rôle d’autres institutions, notamment la Cour des comptes. En multipliant les casquettes – contrôleur, interprète, parfois conseiller –, Jules Alingeti a brouillé la lisibilité institutionnelle.

Une indépendance mise en doute

Le soupçon d’une instrumentalisation politique plane. Des voix dénoncent une sélectivité dans les cibles : les proches du pouvoir seraient épargnés, tandis que certains opposants feraient l’objet de pressions. La Présidence, par exemple, n’a jamais été auditée publiquement.

Une déclaration controversée d’Alingeti selon laquelle « le dépassement budgétaire n’est pas un détournement » a renforcé ces inquiétudes, semblant justifier certaines dérives du régime.

Un système qui résiste au changement

Sur le terrain, les pratiques de prédation persistent. Détournements, surfacturations, gestion opaque : la peur de l’IGF ne suffit pas à changer une culture politique profondément enracinée.

Jules Alingeti aura marqué les esprits. Il a replacé la question de la gouvernance au cœur du débat public et rendu l’IGF plus visible que jamais.

Mais sans réformes judiciaires, sans volonté politique claire, et sans séparation effective des pouvoirs, ses actions risquent de rester un feu de paille. Derrière l’image du redresseur de torts, l’ancien système, lui, continue de prospérer.

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