Le 4 mai 2023, une catastrophe naturelle d’une rare violence emportait plus de 2.000 vies dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. Deux ans après, les sinistrés vivent toujours dans la précarité, et les promesses des autorités pour de solutions durables peinent à se concrétiser.
Par Valet Chebujongo,
Le temps passe, mais les cicatrices restent béantes. Ce 4 mai 2025 marque le deuxième anniversaire du drame survenu dans les villages de Nyamukubi et Bushushu, dans le groupement de Mbinga-Sud, Chefferie de Buhavu en territoire de Kalehe. Un glissement de terrain suivi d’inondations, causés par des pluies diluviennes, avait alors provoqué la disparition de plus de 2.000 personnes.
Environ 600 corps avaient été retrouvés, parfois dans un état difficilement identifiable, puis enterrés dans des conditions jugées inhumaines par le Mouvement Citoyen de la Lutte pour le Changement ‘’LUCHA RDC’’ et les organisations locales de la société civile. Pour de nombreuses familles, le deuil reste inachevé.
« Nous avons tout perdu. Des êtres chers, nos maisons, nos champs, boutiques comme des motos… Deux ans plus tard, nous vivons toujours sous des tentes ou chez des familles d’accueil. Personne n’est venu vraiment nous écouter pour une solution durable », témoigne une survivante de Bushushu.
Face à l’abandon, certains sinistrés ont envahi la plantation de Katashola, provoquant un conflit avec des agriculteurs locaux. Les autorités congolaises tardent à proposer une solution équitable et durable entre les deux parties.

Sur place, la situation reste critique. Malgré l’attribution de l’aérodrome de Lwako et d’une portion de la concession Mushonezo à certains rescapés, la majorité des familles déplacées n’ont toujours pas accès à un logement décent, à l’eau potable ni à des soins médicaux adéquats.
Dans tout le Sud-Kivu, le drame reste gravé dans les mémoires comme celui de Isangi. Mais à l’échelle nationale, la réponse de l’État congolais est jugée largement insuffisante. Aucune politique de reconstruction sérieuse n’a été lancée, et les perspectives de relogement durable semblent encore lointaines. Certains préfèrent rester dans le milieu touché.
Pire encore, le contexte sécuritaire s’est dégradé davantage. Le conflit armé persistant dans la province aggrave la détresse des rescapés, dans une indifférence quasi générale des autorités centrales qui observent.
Alors que les catastrophes naturelles se multiplient dans l’Est de la RDC et ailleurs, nourries par le dérèglement climatique et l’érosion des sols, la tragédie de Kalehe illustre avec force l’urgence d’une stratégie nationale de gestion des risques et de protection des populations les plus vulnérables.
